Leffonds

L'abbaye de Mormant et son histoire

Présentation Générale de la Commanderie

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Plancadas2021

Historique de l'Ancienne Commanderie de Mormant

Malgré les destructions des bâtiments de l'ancienne commanderie, la démolition partielle du mur d'enceinte, la perte de lisibilité de l'organisation en cours juxtaposées, l'ancienne commanderie a conservé suffisamment de vestiges pour en comprendre l'organisation interne. Ces destructions ont accompagné les modifications de l'utilisation du site devenu aujourd'hui un village à vocation résidentiel ou agricole.

La diversité et l'homogénéité de ces vestiges nécessitent de les resituer dans leur contexte historique, d'autant plus que des vestiges appartiennent à une période antérieure à celle des commanderies templières et hospitalières successivement établies.

La création de la Maison-Dieu par les Augustins (avant 1121)

Des religieux augustins s'installèrent à Mormant, lieu situé sur la voie romaine allant de Bar-sur-Aube à Langres, à l'emplacement d'une ancienne « mansio(1) » afin d'y créer une Maison-Dieu. En 1121(2), elle est mentionnée pour la première fois dans un acte de l'évêque de Langres. Si la date de sa fondation précise est inconnue, on suppose qu'elle s'en approche puisqu’est cité, dans un autre acte de la même année, un témoin appelé « hubertus fondator molmenti ». Dans un premier temps, les augustins vont occuper l'établissement jusque vers 1200. De cette période, on peut dater les constructions les plus anciennes encore existantes. Elles sont la grande salle carrée voûtée de la « grange dimière » et les vestiges de la « dépendance ». Quant à l'hôpital-hospice, il aurait aussi appartenu à la Maison-Dieu, et certains le considèrent comme le bâtiment le plus ancien(3).

1-Station romaine, voir « Excursion de la Société ».

2-Pour cette date et celle qui suivent : Blandine Danion - son historique sert de base à notre introduction.

3-Voir le rapport de Mme Danion. M. Brabant, ABF, a proposé le XIe siècle (courrier du 7.10.1986), et M. Musso,

ACMH, a affirmé qu'il était antérieur à la « grange dimière » (avis du 23.3.1987). Cependant il existe une autre hypothèse prétendant que l'hôpital-hospice aurait été construit vers la fin du Moyen-Age. Dans cet ordre d'idées, nous indiquons une mention dans les visites prieurales de 1670 précisant que les « grandes écuries voûtées de grande étendue », « pour mettre 30 chevaux », auraient été(bâties à la moderne) (Archives Départementales de la Côte d'Or, 111 H.12, p.124). En effet, les « grandes écuries voutées » apparaissent dans toutes les visites prieurales des XVIIe et XVIIIe siècles et devraient bien designer l'« hôpital »

Le passage des Hospitaliers a Mormant (premier quart du XIIIe siècle) Au début du XIIIe siècle a lieu un changement temporaire, avec la cession de la Maison-Dieu aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem par l'évêque de Langres. L'acte sera bientôt annulé et à partir de 1227 l'établissement est à nouveau placé sous la règle d'origine. Malgré la courte durée du passage des Hospitaliers à Mormant, il en reste des traces visibles : la travée occidentale de la « grange aux dimes », sans doute un rajout datant de cette période(4). Le changement d'état de la Maison-Dieu sous les Augustins (1265), l'arrivée des Templiers (1300) et l’installation durable des Hospitaliers (1314). En 1265, la Maison-Dieu aurait pris le titre d'abbaye desservie par les chanoines réguliers de Saint- Augustin(5), mais à cause de la mauvaise gestion de l'établissement, le Pape Boniface VIII décide en 1300 de le céder aux Templiers. Quatorze ans plus tard les biens de ceux-ci seront confisqués en faveur des Hospitaliers qui possèderont la commanderie jusqu'en 1789. Dans un premier temps, les nouveaux propriétaires se seraient retirés à Leffonds-le-Haut, et ce n'est qu'aux alentours de 1500 que les hospitaliers retourneront à Mormant pour entreprendre de nouveaux travaux. On peut dater de cette époque l'aménagement de l'étage de la « grange aux dimes », la construction des fortifications et de la maison forte, la citerne et le caveau du commandeur ; (le caveau était situé dans une église difficile à dater et dont il ne reste pratiquement rien aujourd'hui. Concernant l'église, nous renvoyons au chapitre sur les bâtiments de la commanderie). Ces modifications sont les dernières effectuées par les Hospitaliers dont on a conservé des traces. Entre les aménagements évoqués ci-dessus et la révolution on apprend par les visites prieurales que les travaux se limitaient à la réparation des bâtiments existants. Dans les années 1770, les biens de la commanderie sont divisés en faveur d'autres établissements, et c'est en février 1789, avant la révolution, que la commanderie de Mormant est finalement cédée à quatre fermiers. Avant l'établissement du cadastre napoléonien de 1818, la maison forte sera démolie dans sa quasi-totalité et les fortifications déjà endommagées(6) seront en partie démantelées.. Le hameau de Mormant subira encore de nombreuses modifications, surtout par la construction de nouveaux bâtiments, mais aussi par des interventions directes sur les édifices ayant appartenu à la commanderie : rajout d'un corps pour combler le vide entre « l'hôpital » et la muraille, mise en place de subdivisions dans ce même « hôpital », élévation d'un petit bâtiment situe en partie sur la citerne et travaux d'aménagement dissimulant les dernières traces de la « dépendance ».

4-B. Danion soutient cette hypothèse en attribuant l’écu ornant la clé de voûte aux Hospitaliers et le profil des ogives fréquemment employé à cette époque semblerait confirmer la datation

5-Grandmottet, repris par Danion.

6-Les visites prieurales rapportent que parties de la fortification ne seront plus réparées par manque d'utilité

L'organisation de la commanderie hospitalière

Si très peu de choses sont connues sur l'organisation du premier établissement religieux de Mormant, la commanderie telle qu'elle a existé à partir du XVIe siècle nous est plus facile à imaginer. Nous le devons d'une part aux registres des visites prieurales tenus jusqu'en 1768 ; et d'autre part à des documents graphiques, dont le plan de cadastre napoléonien(7) et le « plan de la forêt et de l’écart de Mormant » de 1737.(8) Il existe également de très nombreux dessins du XVIIIe siècle représentant d'autres commanderies hospitalières (ou templières), presque toutes possèdent de fortes similarités avec les dispositions encore visibles à Mormant ce qui permet de restituer son plan complet. S'il n'y a pas de plan type pour les commanderies templières ou hospitalières, on peut toutefois retenir quelques éléments significatifs marquant l'organisation globale de ces établissements. On observe ainsi que les bâtiments sont généralement adossés au mur d'enceinte et s'organisent une ou plusieurs cours closes. Parfois d'autres constructions supplémentaires peuvent être disposées librement dans ces enclos. A Mormant, les documents anciens révèlent une organisation comprenant au moins deux cours. L’une, plus importante, située au nord-ouest, est appelée dans les visites prieurales « grande » ou « première » cour, la deuxième de taille réduite et située au nord-est, nous est connue sous les noms de « petite », « basse » ou « seconde » cour. C'est du reste cette deuxième cour qui est aujourd'hui la mieux définie par les bâtiments et l'enceinte subsistante, devenue une véritable fortification depuis 1500 environ, munies de grosses tours d'angle et de canonnières. Les deux cours n'étaient pas les seuls espaces clos à Mormant. En effet, il existe de nombreux témoignages sur un jardin qui est figuré sur le cadastre ancien au sud-ouest, dans l’angle crée par les deux cours. Ce jardin, appelé « jardin carré » en 1789(9), est encore en partie visible sur le cadastre actuel. L'appartenance d'un tel jardin ou verger a la commanderie n'aurait rien d'étonnant: les exemples de nature similaire sont fréquents. En outre, le jardin fournit la raison d'être de la porte en accolade subsistante dans le mur d'enceinte ; ce « guichet » (selon le texte de 1670) créait alors le passage entre jardin et basse-cour. Au-delà, le dessin de 1731 révèle que le pré à l'est de Mormant (actuellement bordé par le chemin départemental de Richebourg à Leffonds) appartenait également à la commanderie. Si on ignore l'affectation précise de cet enclos, on peut néanmoins déduire par sa représentation, qu'il s'agissait aussi d'un jardin ressemblant. La proximité de l'église disparue pourrait inciter à y chercher un cimetière; si un tel lieu n'est jamais mentionné dans les textes des XVIIe et XVIIIe siècles, lorsqu'on projeta la démolition partielle de l'église au milieu du XVIIIe siècle, on avait alors l'intention de fonder un cimetière à l'emplacement de la nef détruite(10).

7-Deux versions légèrement différentes de ce cadastre existent

8-111 H 36

9-Archives Départementales de la Haute-Marne,

10-1 Q 657, Art. 4111 H.35, p 268

Les bâtiments et leurs fonctions

A l'époque on les informations sur les édifices et leur usage étaient les plus précis, c'est-à-dire aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'importance de la commanderie de Mormant avait déjà considérablement diminué et presque tous les bâtiments servaient alors à l'exploitation agricole. Ainsi l'actuel « hôpital » est appelé le plus souvent « grandes écuries voutées et greniers » dans les anciens textes. La « grange dimière » correspond au « grand pavillon » ainsi nommé à cette époque. Il nous manque l’identification de chaque édifice avec sa fonction d'origine.

Le « grand pavillon », faussement dénommé « grange dimière(11) ».

Ce bâtiment abritait plusieurs fonctions différentes: caves et cuisine en bas, chambres et cabinets voûtées en haut. On a du mal à identifier aujourd'hui la cuisine(12). S'il est probable qu'à cette époque, on ait profité des « caves voutées » pour stocker des denrées, il faut préciser que l'appellation habituelle de cette construction « grange dimière » résulte d'une confusion : la « grange dimière » mentionnée dans la série Q des Archives Départementales n'est effectivement pas le bâtiment situé à Mormant mais un autre se trouvant à Leffonds. Seule la description de la charpente (4 grandes fermes) semble renvoyer à l’édifice de la commanderie de Mormant. Cependant, l’entrée décrite (une grande et une petite porte placée l'une à côté de l'autre) ne rappelle en rien le bâtiment concerné. Cette grange de Leffonds peut être retrouvée dans la visite prieurale de 1768 où elle est mentionnée à part de l'état des lieux de Mormant, séparée par la visite d'un troisième site. La fonction d'origine de la grande salle voûtée demeure obscure, mais on constate qu'au cours des siècles les bâtiments ont changé d'usage. En effet un certain nombre de détails ne correspondent guère à la notion de « cave » (colonnettes octogonales, vastes ouvertures, et surtout l'oculus géant flanqué de deux lancettes).

Le bâtiment « Saint-Georges », un essai d'interprétation

La même incertitude se présente pour « l’hôpital » qui doit son nom uniquement à l’interprétation de son plan longitudinal. La « dépendance » au sud-est de Mormant présentait également un usage mixte. Cet édifice était jadis appelé « bâtiment Saint-Georges », nom provenant d'une chapelle, voûtée au chevalier Saint, aujourd'hui disparue, dont on ne connait pas les origines.

11. II n'y a que peu de doutes pour que le « grand pavillon » corresponde à la « grande dimière », malgré les incohérences relevées dans la description des pièces (partiellement dues aux aménagements ultérieurs, les mesures et la proximité de l'église correspondant à la description de grand pavillon.

12.Selon ce texte, la cuisine était auparavant voûtée, il n'est pas possible de dire si le creux dans le mur sud-ouest de la pièce non voûtée est la trace de la « cheminée à l'antique » évoqué en 1768 ou s'il s'agissait plutôt d'un four. De même il est incertain que la petite citerne dans la pièce voûtée au niveau inférieur ait été un réservoir d'eau pour la cuisine présumée située à côté.

L'existence d'une chapelle dans cet édifice, souvent nommé « bâtiment de convers » permet d'identifier son usage d'origine. La combinaison d'un corps rectangulaire et d'une chapelle rappelle le modèle de l'hôpital(13). Cette hypothèse pourrait être confirmée d'une part par le fait qu'au Moyen- Age de nombreux hôpitaux étaient voué à ce Saint(14), et d'autre part par l'emplacement du bâtiment détaché de l'ensemble, disposition caractéristique des infirmeries dans certaines abbayes cisterciennes. Ainsi, c'est dans le bâtiment Saint-Georges qu'il faut trouver « l'hôpital » non dans l'aile intérieure de la commanderie.

Les édifices disparus (porterie, colombier, maison forte etc...)

Si l'incertitude persiste sur la fonction d'origine des bâtiments existants, nous avons en revanche moins de doute pour les édifices disparus. On apprend ainsi dans les registres des visites prieurales qu'il existait une « grande porterie constituée d'une grande et d'une petite porte(15) ». Elle devait se trouver à l'ouest de la commanderie, correspondant à l'entrée principale indiquée sur le dessin de 1731. Sa destruction a été décidée en 1768.(16) Le colombier a connu le même sort. Situé au nord-est de la seconde cour (visite prieurale de 1670), il peut être identifié comme étant la tour qui se trouve dans l'angle du verger. Les deux cours étaient séparées l'une de l'autre. En 1670, on décrit un corps de logis muni d'une grande porte communiquant entre la première et la seconde cour.(17) On ignore, sur sa partie nord-est, jusqu'où le bâtiment s'étendait, mais il ne semble pas qu'il ait été raccordé au « grand pavillon ». II y a peu de traces de la maison-forte qui jadis, se trouvait dans la bassecour, cependant les vestiges permettent de la dater vers 1500, période du Commandeur Pierre de Bosredon. Sur le cadastre napoléonien, on découvre plusieurs bâtiments adjacents, adossés au mur d'enceinte dans sa partie nord-ouest. Les deux plus grands devraient être les deux granges attenantes à la muraille du côté de Richebourg décrites en 1664.18 Nous en reparlerons dans le chapitre consacré à la citerne.

13-Nous remercions Madame Couilloud pour cette inspiration

14- Braunfels, p.375. II faut préciser qu'il s'agit la apparemment d'une tradition surtout allemande, mais la position géographique de Mormant pourrait permettre une telle interprétation

15-111 H.12, p.124

16-111 H 35, p.286

17-111 H 12, p.123

18-111 H.11

L'église

Le bâtiment disparu le plus important était sans doute l'église. On ignore sa date de construction, mais les quelques pierres sculptées qui restent permettent de la rattacher à l'époque gothique. Elle ne remontrait donc pas aux débuts de la Maison-Dieu. Malgré les nombreuses descriptions dans les visites prieurales il est cependant impossible de reconstituer son plan avec précision. Elle était située dans le pré a l'est de la « grange dimière », comportait une nef et un chœur bien distincts avec au moins une chapelle supplémentaire (vouée à Saint-Marcoul). Il existait également une sacristie dont on suppose qu'elle était reliée à la chapelle Saint-Marcoul. En effet, les deux ouvrages ainsi que les travaux effectués sont généralement mentionnés ensemble. On sait avec certitude qu'une partie du chœur de la chapelle et la sacristie étaient voûtées. Quant aux dimensions de l'ensemble de l'église, les mesures données varient, même à l’époque où les démolitions successives n'avaient pas encore débutées. On est donc obligé de se contenter de l'affirmation qu'elle était très grande : Certaines indications vont jusqu'à une longueur de 200 pieds.

Des éléments permettent de préciser l'emplacement de l'édifice. Le caveau du commandeur Pierre de Bosredon se trouvait selon plusieurs textes au milieu du chœur. Un autre élément situe la partie sud-est de l'église. Ce sont les deux arcs dessinés dans le mur pignon nord-est de la « grange dimière » témoignant d'un bâtiment adjacent. Une information complémentaire nous vient d'une remarque faite lors de la visite prieurale de 1670, qui précise que la couverture de la chapelle Saint-Marcoul avait été réparée après avoir été endommagée dans l'incendie du grand pavillon(19). Le corps adossé au grand pavillon pouvait donc bien être cette chapelle (et éventuellement la sacristie). Quant à la façade de l'église, située au nord-ouest, on ne dispose que d'un indice bien faible. Il s'agit- la d'un trait prononcé sur le cadastre napoléonien, représentant éventuellement un vestige de la façade dont on sait qu'elle était une des dernières parties subsistantes de l'édifice(20). Les descriptions exhaustives du mobilier de l'église confirment qu'elle était en usage jusqu'à la démolition du chœur suite à la Révolution (la nef avait déjà disparu au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle).

Ouvrages hydrauliques. Le dessin de 1731, nous renseigne sur l'existence d'une pièce d'eau extérieure à l'est de la commanderie. Il s'agissait peut-titre d'un vivier aujourd'hui. La dimension sur ce dessin comparé à la surface actuelle (visible sur la photo aérienne) témoigne de l'importance qu'on lui attribuait. La difficulté de se procurer de l'eau à Mormant est nettement perceptible dans deux constructions toujours existantes : le puits qui serait profond de 130 m(21), et la grande citerne.

19-111 H.12, p.126

20-Guillemin, p 9

21-Guillemin, p 9

De la Maison-Dieu à la Commanderie

Contrairement à la vision complète de la Commanderie hospitalière durant les siècles qui suivent la derrière campagne de constructions (autour de 1500), on sait peu de choses sur l'organisation du site entre la fondation de la Maison-Dieu et le XVIe siècle. Toutefois, la lecture du cadastre et de la vue aérienne permet d'établir quelques hypothèses. L'établissement est désaxé par rapport à l'axe est-ouest(22). Il semblerait que ce soit dû aux traces de l'ancienne voie romaine qui servait de ligne directrice contre laquelle s'appuyait l'alignement des bâtiments. II suffit de marquer son tracé présumé original (c'est-à-dire droit, en coupant le détour qu'il faut faire aujourd'hui pour contourner le grand pré à l'est de Mormant) pour s'apercevoir que les deux bâtiments subsistants de la Commanderie y sont exactement perpendiculaires : la première fondation de la Maison-Dieu, était donc probablement un établissement de taille plus modeste situé au bord de l'ancienne voie romaine, son mur d'enceinte est étant bien aligné avec celle-ci. Ceci est une disposition fréquente. L'interruption de la voie romaine se serait produite à un moment plus tardif, vraisemblablement lors de la construction de l'église.

Si la voie romaine n'a pas été modifiée dans un premier temps, la « dépendance » au sud-est de Mormant ne pouvait pas avoir la même dimension que le bâtiment actuel, s'étendant par-dessus du tracé de la voie disparue. II s'agissait effectivement d'un premier édifice plus court, allongé après l'interruption de la voie romaine, et l'élargissement de la Commanderie.

Avant la construction de l'église, l’accès a la commanderie se faisait probablement directement par l'ancienne voie romaine située à l'est. Cependant le plan des bois de Mormant révèle que l'entrée principale en 1731 se trouvait à l'ouest, alors que la route qui contourne le hameau actuellement à l'est n'y figure pas. On peut donc imaginer que la construction de l'église très vaste fermait l'angle nord, impliquant le transfert de l’entrée à l'autre bout de la Commanderie. Notons que la position de l'église en angle correspond à un aménagement assez fréquent que l'on retrouve dans de nombreuses commanderies templières et hospitalières(23). Si le chemin contournant Mormant aujourd'hui à l'Est ne figure pas sur le plan des bois de Mormant, cela ne veut pas dire qu'il n'existait pas. En effet, sur le cadastre napoléonien il est bien visible. Mais il est de faible importance : contrairement au chemin situe à l'Ouest, il ne porte pas de nom, et la physionomie de l'embranchement situé au Nord du hameau en fait un chemin secondaire.

Il est important de comprendre l'organisation et le développement du site de Mormant au-delà de la simple reconstitution de la Commanderie hospitalière, d'autant plus que l'objet principal de l'étude, la « grange dimière », provient d'un établissement bien plus ancien : la Maison-Dieu. Le projet de restauration et d'aménagement des abords permettra la mise en valeur nuancée de la « grange dimière » et des autres vestiges de la Commanderie, l'objectif étant de tenir compte des différentes campagnes de construction.

22-Nous ne pouvons effectivement pas suivre Mme Danion pour qui la « grange dimière » est sensiblement orientée est-ouest.

23-Voir les ouvrages de M. Miguet et de T. Casagrande. Par contre, une église d'une telle dimension est un fait assez inhabituel pour ce genre d'établissements.

La citerne

La citerne,(24) située en face de la « grange dimière » et bien conservée, est constituée de deux voutes en berceau parallèles : un berceau en plein cintre et un berceau brisé qui reposent sur une file de cinq piles rectangulaires reliées entre elles par des arcs en plein cintre.(25) Les maçonneries intérieures sont couvertes d'un enduit rose et l'alimentation en eau se fait par plusieurs gargouilles placées dans les angles. L'accès a cette construction, aujourd'hui complètement dissimulée sous la route, se fait par une chambre de regard à l'angle sud. Si nous avons essayé, précédemment, de donner une idée très complète des bâtiments de l'ancienne commanderie, c'était aussi pour pouvoir mieux inscrire la citerne, son fonctionnement dans son contexte. Dans la visite prieurale de 1664, il est précisé que « les trois citernes » de Mormant étaient alimentées par les « chanlattes » de l'église, du grand pavillon et des deux granges du côté de Richebourg (26). Il y a là d'abord, mention de trois citernes alors que nous n'en connaissons que deux (la deuxième se trouve à l'intérieur de la grange). De plus, elle explique d'où l'eau était amenée aux réservoirs, la description donnée correspond parfaitement aux dispositions trouvées dans la citerne ; elle est située au milieu des bâtiments cités, et c'est vers ces bâtiments que sont orientées les gargouilles relevées. Cette citerne fonctionne encore aujourd'hui puisqu'elle se remplit par temps de pluie (pour se vider petit à petit, faute d'une étanchéité parfaite). Ceci proviendrait des eaux pluviales stagnantes de la route. De même, on observe que les descentes d'eau de la « grange dimière » disparaissent dans le sol devant la citerne à la hauteur d'une des gargouilles. Il existe sans doute enfoui sous la route, un système de conduite des eaux pluviales recueillies par les égouts de la « grange dimière ». L'importance de ce réseau reste inconnue.

La citerne ne dépasse actuellement pas du sol environnant. Cependant, la disposition d'origine devait prévoir un dénivelé considérable afin de protéger l'ouverture de la pénétration de substances salissantes.

La coupe transversale sur la citerne et la »grange dimière » révèle que cela proviendrait des travaux de remblais qui ont modifié le niveau du sol de la salle voutée. On peut donc imaginer que tout le terrain autour de la « grange dimière » et de la citerne ait été surélevé à un moment défini, entrainant à la fois le remblaiement du bâtiment et l'enterrement de la citerne(27). Le sondage effectué au pied des contreforts de la « grange dimière » montre que le sol d'origine à l'extérieur était situé à environ 120 cm au-dessous du niveau actuel.(28)

24-Il est d'ailleurs curieux que, jusqu'aujourd'hui, personne ne se soit jamais intéressé à cette construction exceptionnelle

25-Nous nous référons au relevé dressé par l'entreprise Charpentier PM

26-Ces citernes allaient du reste, être réparées à la chaux, au sable et au ciment.

27-Sur les travaux de remblayage effectués probablement entre la Révolution et 1818 voir l'historique de la «grange dimière »

28-Sondage effectué dans le cadre de l'Etude Préalable sous surveillance archéologique.

Date de dernière mise à jour : 09/02/2021

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