Leffonds

Leffonds (village de la Haute-Marne) "Grand Est" Son actualité, ses activités, et à découvrir son ancienne commanderie.

Le journal des enfants N°1 mars 0024

Reportage de la seconde guerre mondiale par les élèves du regroupement pédagogique des Voëvres

Journal scolaire des enfants 1Reportage sur la seconde guerre mondialeReportage sur la seconde guerre mondiale 2Reportage sur la seconde guerre mondiale suite1Journal du regroupement scolaire des Voëvres 

"Ormancey, Faverolles, Villiers sur Suize, Leffonds"
Mars 2004

 

Les enfants, Camille Roussel, Anaïs Oberlinger, Florent Dourbecker et Loïc Sermage, ont voulu savoir comment, les habitants du village, avaient vécu pendant la deuxième guerre mondiale.

Ils ont interrogé les dernières mémoires du village.
Janine Aubry - Alexandrine Chantôme – Denis Richard

Aujourd’hui toutes ces personnes ont disparu.

Janine AubryMadame Janine Aubry

Camille. « Quel âge aviez-vous au début de la guerre ? »

Mme Aubry. « J’avais 13 ans »

Anaïs. « Quel métier exerçaient vos parents ? »

Mme Aubry. « Mes Parents tenaient une fromagerie dans la combe de Leffonds ».

Camille. « Les hommes de votre famille sont partis à la guerre ? »

Mme Aubry. « Non car nous étions de nationalité Suisse ».

Florent. « Combien d’hommes de Leffonds étaient prisonniers ? »

Mme Aubry. « Il y avait 22 hommes de Leffonds prisonniers en Allemagne, mais les Allemands ont emmené 12 prisonniers Malgache à Leffonds pour nous aider dans les travaux des champs ».

Loïc. « Que faisaient les prisonniers français en Allemagne ? »

Mme Aubry. « Les jeunes partaient pour faire leur service du travail obligatoire (STO). Ils travaillaient dans les usines allemandes pour fabriquer des obus ».

Loïc. « Vous mangiez comme nous aujourd’hui ? »

Mme Aubry. « Non tous les mois les allemands nous donnaient des tickets pour aller chercher de la nourriture, mais à la campagne les gens manquaient moins de nourriture qu’à la ville car ils avaient leur jardin ».

Loïc. « Quelles sont les choses qui vous ont marquée ? »

Mme Aubry. « C’est l’ambiance générale, le soir nous n’avions pas le droit de marcher dans les rues, nous devions éteindre les lumières et rester chez nous à cause du couvre-feu .
Un jour un bébé du village était malade, son père a eu peur de sortir chercher le docteur de Rolampont à cause du couvre-feu et le lendemain le bébé était mort. Et puis j’ai gardé en horreur le bruit des avions anglais qui passaient pour aller bombarder l’Allemagne ».

Alexandrine ChantomeAlexandrine Chantôme

Loïc. « Où étaient logés les allemands dans le village ? »

Mme Chantôme. « Des allemands, dont un gradé, habitaient au château de Leffonds qui est devenu la mairie, mais ils étaient malades car la maison était très humide. Ils ont alors réquisitionné une chambre dans notre maison. Mon mari qui était prisonnier en Allemagne est revenu un jour en permission et a été surpris de trouver les allemands chez lui ».

Anaïs. « Que faisiez-vous après le couvre-feu ? »

Mme Chantôme. « Nous allions quelquefois jouer aux cartes chez les voisins ».

Loïc. « Quelles sont les choses qui vous ont marquée ? »

Mme Chantôme. « Je gardais une petite fille, un jour elle a eu mal aux dents. J’ai attelé ma voiture avec le cheval et je l’ai emmenée voir le docteur Sommelet à Arc en Barrois. En revenant, j’ai été arrêtée par les allemands dans le bois. Ils parlaient entre eux mais je ne comprenais pas. J’ai eu très peur, mais un autre allemand qui parlait français est arrivé, je lui ai expliqué d’où je venais, il a dit à l’autre de lâcher mon cheval et de nous laisser partir ».

Florent. « Comment avez-vous appris la fin de la guerre ? »

Mme Chantôme. « C’est la mère de madame Aubry qui me l’a appris alors que j’allais livrer du lait à la fromagerie qui se trouvait dans la combe ».

Anaïs. « Vous rappelez-vous de la première guerre ? »

Mme Chantôme. « Oui, je me souviens que pendant les alertes nous dormions sur le foin dans la cave. J’étais petite, et nous habitions dans l’Oise. Quand les avions bombardaient, je regardais la lumière et je trouvais ça beau ».

Denis RichardM. Denis Richard.

Florent. « Quel âge aviez-vous au début de la guerre ? »

M.Richard. « J’avais 17 ans ».

Loïc. « Quel métier faisiez-vous à cette époque ? »

M.Richard. « J’étais agriculteur ».

Anaïs. « Où habitiez-vous ? »

M.Richard. « Au même endroit qu’aujourd’hui, pas très loin de la mairie ».

Anaïs. « Avez-vous été fait prisonnier ? »

M.Richard. « Non j’étais soldat, J’ai été appelé le 07 avril 1945 avec plusieurs camarades du coin. Nous sommes allés à Sarreguemines, Pont-Sainte-Marie, dans le midi, près d’Antibes, dans la Forêt Noire… Nous gardions les prisonniers allemands ».

Loïc. « Comment occupiez-vous vos soirées ? »

M.Richard. « Nous n’avions pas le droit d’écouter la radio, mais tout le monde le faisait. On se donnait rendez-vous chez celui qui avait un poste ».

Camille. « Avez-vous un souvenir qui vous a marqué ? »

M.Richard. « Oui, une compagnie de S.S. était installée dans le village. Il y avait dans le groupe un adjudant provocateur. Il avait installé le téléphone entre Leffonds et la commandanture de Langres. Un jour le fil du téléphone a été coupé ; il y a eu une enquête ; puis le fil a été coupé une deuxième fois. Les allemands ont rassemblé les hommes de 16 à 60 ans sur la place, puis ils nous ont enfermé dans une grange chez Lauper ; L’abbé Tessane était aussi avec nous. Le troisième jour, les allemands nous ont comptés, il manquait un homme. Il était parti dans la prairie, les allemands l’ont attrapé et lui ont mis une raclée. Finalement ils nous ont relâché. Un autre jour, les allemands ont accusé le cantonnier de couper le fil, un jeune du village est venu et a affirmé avoir vu l’adjudant allemand descendre de son cheval pour couper lui-même le fil ».

Florent. « Avez-vous eu d’autres problèmes avec les allemands ? »

M.Richard. « Non rien de grave. Les allemands réquisitionnent les vélos. Je m’en étais acheté un tout neuf, mais je l’ai caché et je leur en ai donné un vieux ».

De ces souvenirs, il reste quelques traces que les écoliers du village ont largement contribué à faire perdurer. Angélique Roze avait encadré les enfants pour la réalisation de leur premier journal en mars 2004, une initiative qui avait beaucoup plu. Aujourd’hui, on peut se réjouir que ces moments refassent surface et donnent envie à d’autres d’écrire des instants contemporains que certains reliront peut-être dans plusieurs années.

C'est grâce à Angélique Roze au service de la Communauté de Communes de la Vallée de la Suize regroupant à l'époque Ormancey, Faverolles, Villiers sur Suize, Faverolles, et Leffonds, que les enfants avaient créé un petit journal qui retraçait leur quotidien.

Date de dernière mise à jour : 23/08/2026

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